Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu ce type d’affirmation :
Je n’ai jamais pu dépasser la première page d’À la Recherche du Temps perdu, car le livre m’est tombé des mains. Vraiment trop ennuyeux, avec son absence d’intrigue et ses phrases sans fin dont on perd constamment le fil.
Toutes les variations sur ce thème sont acceptées. Notons cependant que pour faire une telle analyse, il faut avoir lu au moins quelques pages ou, plus vraisemblablement, se contenter de répéter ce que l’on a entendu ! Je soupçonne fort qu’aucune des personnes qui m’ont tenu ce genre de discours n’aie jamais vraiment tenté l’aventure. Mais il est vrai que les statistiques sérieuses établies par Nicolas Ragonneau (Proustonomics) montrent que la moitié des gens qui ont acheté le premier tome de la Recherche, comme l’appellent les initiés, n’ont pas fait l’acquisition du deuxième. Et la même affirmation est valable pour le passage du deuxième au troisième tome. Mais ceux qui ont franchi ces deux premiers obstacles, souvent au prix de grands efforts et d’une belle persévérance, vont en général jusqu’au terme de l’œuvre. Et nombreux sont alors ceux qui, comme moi, y reviennent régulièrement, au point qu’il paraît, selon le Dictionnaire amoureux de Proust de J-P. et R. Enthoven, qu’il faut avoir lu au moins quatre fois la Recherche pour prétendre au titre de proustien confirmé.
Il existe de très nombreux livres sur et autour de Proust, ainsi que des sites internet dédiés, mais la plupart du temps ils s’adressent à des lecteurs convaincus, et non aux hésitants qui tourneraient autour de ce livre tellement intimidant sans se résoudre à en commencer la lecture. Ils sont la cible de ce site. L’ éditeur-écrivain Bernard de Fallois (le « proustien capital »), avait publié deux inédits de Proust : en 1952 Jean Santeuil, qui est une sorte de brouillon de la Recherche, et en 1954, Contre Sainte-Beuve. Il est également l’auteur d’une introduction à la lecture de la Recherche, avec un projet similaire au mien, celui de donner envie de lire Proust à des gens intimidés par cette gigantesque entreprise. Je le citerai à de nombreuses reprises. Je me rends compte, même si je ne cherche pas à imiter Bernard de Fallois, que mon projet n’est pas qu’ambitieux ; il est aussi assez prétentieux ! J’assume cette immodestie, et mon objectif serait atteint si j’arrivais à accompagner ne serait-ce qu’un seul d’entre eux, d’entre vous, chers lecteurs occasionnels, jusqu’au mot « Fin » de la Recherche. Chaque publication de la chronique, que j’espère mener régulièrement jusqu’à la fin de la Recherche, associera deux courts extraits du roman et un article autour de Proust et de son œuvre (la biographie, les thèmes du roman, les personnages, et bien d’autres choses encore).
Christian Thomsen
Sources :